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1920-1933 :
Münich

1933-1939 :
Anvers puis Merano

1939-1943 :
Nice puis la Suisse

1944-1958 :
Zürich

1958-2006 :
Grenoble

Une personnalité
originale



      Pendant des années Rachel nous a parlé de ses souvenirs... C'était pour elle un bien précieux, qu'elle voulait transmettre, un monde disparu, une vie marquée par l'Histoire... Nous vous en livrons quelques bribes, ainsi que des aspects de sa personnalité originale, à sa mémoire...


1920-1933 : Munich


La famille Königsberg dans son appartement de Munich

            Rachel est née à Munich le 16 octobre 1920.
          Son père Moshé (Moritz) Königsberg, venu de Pologne, était d’un milieu proche de la tradition ‘hassidique. Il a été antiquaire, brocanteur ou colporteur selon les aléas des circonstances... Il était un grand amateur d’art.
        Sa mère Hadassah (Hedwig) Fleischmann était d'une vieille famille bourgeoise de Fürth. Des juifs allemands très assimilés, trop assimilés, puisqu'ils ne se décideront pas à quitter à temps l'Allemagne nazie. C'est une femme originale et indépendante qui apprécie tout particulièrement la littérature et qui travaille dans une grande librairie de Munich.
          Ils se sont rencontrés à Munich au cours d'un bal masqué. Coup de foudre et mariage, malgré l'opposition de la famille maternelle...
          Après Rachel naîtront Élie (1922), Hanna (1924) et Eva (1928). La famille habite dans une belle maison bourgeoise de la Königinstrasse, dans un quartier résidentiel proche du plus grand parc de la ville, le magnifique Englische Garten. Beaucoup d'amis, poètes, musiciens, peintres fréquentent la famille. La religion occupe une grande place, mais aussi le sport : natation, marche, patin à glace... Ils vont en villégiature dans les montagnes bavaroises. Rachel prend des cours de gymnastique qui l'enthousiasment. Très tôt elle prend goût à la lecture et dévore tout ce qu'elle trouve dans la bibliothèque de ses parents. Les récits d'aventure la font rêver et elle s'imagine en exploratrice. Au cours de longues promenades solitaires dans la ville, elle observe tout particulièrement son architecture. Dans l’Englische Garten, plantes et animaux la fascinent. À l’école, c’est une bonne élève, bien que distraite et rêveuse, et malgré un programme trop modeste à son goût. Les chants des bonnes l'intriguent par leurs origines archaïques.
          Après la crise de 1929, le mouvement nazi prend de l’ampleur et les premiers effets se font sentir. Le 30 janvier 1933, la radio annonce la nomination de Hitler à la tête du gouvernement : à ce moment même les regards de Rachel et de sa mère se rencontrent, elles ont compris que le cours de leur vie vient de basculer.


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1933-1939 : Anvers, puis Merano


          Trois mois plus tard, la décision est prise de quitter l'Allemagne pour Anvers en Belgique où habitent des membres de la famille paternelle. Là-bas Rachel découvre un monde totalement différent. La langue flamande l'étonne. Malgré tout, elle réussit brillamment ce qui sera à son grand regret sa dernière année d'études. Les conditions matérielles sont très mauvaises, dans un premier temps la famille est dispersée. Rachel est passée du statut de petite fille choyée à celui d'aînée chargée de toutes sortes de démarches et responsabilités. Sa santé se fragilise et l'on craint pour elle et son frère une tuberculose.
          Toutes ces difficultés incitent la famille à rejoindre, un an et demi plus tard, en 1934, des amis en Italie. Merano, petite ville du Sud-Tyrol, et lieu de cure très agréable, est située au coeur des montagnes un peu comme Grenoble. La région a été attribuée à l'Italie après la première guerre mondiale, dans le cadre du démembrement de l'Autriche-Hongrie. La population locale, de langue allemande, sympathise avec les thèses nazies, au contraire des fonctionnaires italiens, qui sont généralement bienveillants. Sur le chemin de l'école on jette des pierres sur les jeunes soeurs. Pour Rachel le temps des études est terminé. Pour aider la famille, elle commence un apprentissage de modiste. Cette activité est très loin de ses aspirations, mais elle pourrait plaire à Rachel qui est habile, apprécie les belles matières et les chapeaux élégants. Malheureusement plus de temps est consacré aux livraisons qu'à l'apprentissage du métier…
          Autour de la famille se retrouve tout un monde cosmopolite de réfugiés. Le salon est même prêté à un dentiste pour servir de cabinet clandestin !
          La situation semble s'améliorer quelque peu, quand en automne 1938, l'Italie décrète une loi raciale sur le modèle nazi. Tous les juifs venus de l'étranger après 1920 doivent quitter le pays dans un délai de 6 mois. Dans les faits, cette loi ne sera pas appliquée, mais il était difficile de le prévoir. La famille décide de partir très loin, pour la Bolivie ! C'est sans compter sur une autre décision antisémite : la nationalité polonaise est retirée à tous les ressortissants juifs ayant quitté le pays pour une longue durée. Les passeports reviennent couverts de tampons « Non Valable », inutilisables... La famille, devenue apatride, n'a plus d'autre choix que de passer une frontière illégalement. Nice est le prochain but à atteindre. Rachel, son père et son frère arrivent à Nice le jour du carnaval, se perdent dans la foule et se retrouvent miraculeusement… En avril 1939 ils organisent toute une mise en scène avec des amis corses : à un petit poste de frontière, les jeunes filles, bouquets de fleurs à la main, posent pour la postérité avec des douaniers enchantés ! Pendant ce temps le reste de la famille passe sans le moindre bagage...


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1939-1943 : Nice puis la Suisse


        La beauté de la côte d'Azur est éblouissante, mais la vie difficile. Impossible à des immigrés clandestins d'avoir un permis de travail : Rachel gagne un maigre salaire en gardant des enfants. La famille vit d'expédients. Rachel fréquente des artistes. À sa majorité, elle décide de quitter le foyer et s'installe dans un petit logement à Cagnes-sur-Mer.
          Un jour d'août 1942, le bruit court que la police organise une rafle à Nice. Elle prévient autant de monde que possible. Le curé de Saint Pierre de Féric accepte de cacher la famille. Le soir, les pieds terriblement meurtris par ses sandales en raphia, Rachel remonte avec peine jusqu'au vieux village de Cagnes et s'endort totalement épuisée... Le lendemain au marché deux dames l'approchent : Mademoiselle, vous êtes encore là ? Vraiment vous ne savez pas ? Ils l'ont prise l'autrichienne, cette nuit, celle du dernier étage... Ils ont frappé à votre porte ! Comme ça ne bougeait pas, on a dit, ah elle doit être à Nice chez ses parents... Et vous ? vous n'avez rien entendu ? ça alors ! Eh bien surtout ne vous montrez plus ! Soyez prudente ! Elle retourne à son logement : La prudence. Quels moyens pour feindre la « Non-Existence » ? Faux papiers ! vrai argent... (Les phrases en italique proviennent de notes de Rachel). Des amies lui apportent des repas, mais c’est très dangereux. Un matin, on frappe tout doucement à sa porte. Un jeune homme inconnu, Jeannot, envoyé par son père. « Vous ne pouvez pas rester ici, venez chez nous ». Plus tard Rachel se cachera dans une maison que cette famille est chargée de surveiller à l'insu du propriétaire, grand lecteur du journal d’extrême droite « Je suis partout »...
        Cette situation ne peut pas durer. Au cours des visites nocturnes que Rachel rend à sa famille, la décision est prise de fuir vers la Suisse. La mère qui n'est pas en bonne santé, et Eva, la plus jeune des filles resteront cachées dans les environs de Nice : à cette époque, on espère encore que les enfants de moins de seize ans ne sont pas arrêtés... (heureusement elles survivront grâce encore une fois à l’aide du voisinage).
         Rachel a entendu parler d'un poste de frontière franco-italien qui sera abandonné avant l'hiver. Après avoir franchi péniblement les montagnes de l’arrière-pays niçois et échappé aux bombardements à Milan, marchant de nuit et se cachant le jour, le père et ses trois enfants traversent clandestinement la frontière entre l'Italie et la Suisse, avec la précieuse –et désintéressée– complicité des gendarmes italiens qui connaissent les horaires des patrouilles suisses. Grâce à leurs conseils, ils pourront avancer suffisamment à l’intérieur du territoire suisse pour ne pas être refoulés. Le premier accueil n’est pas des plus chaleureux : ils sont incarcérés, malgré leur mauvaise condition physique, et le directeur de la prison exprime ses regrets qu’ils n’aient pas plutôt été déportés. Puis Rachel et sa sœur Hanna sont internées dans un camp de réfugiés à Lucerne, son père et son frère dans un autre.


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1944-1958 : Zürich


           À la fin de la guerre, Rachel peut enfin reprendre des études. Il ne lui est pas possible de réaliser son projet d'études de médecine, mais, grâce à l'aide providentielle d'un ancien camarade de classe, elle suit une formation de laborantine et assistante médicale. Cette activité n'est pas celle à laquelle elle avait aspiré, mais elle apprécie de faire un travail qui exige minutie et précision.
        À Zürich, Rachel fréquente le café « Select » où se retrouvent les étudiants suisses romands. Parmi eux, Alexandre Preissmann, brillant assistant en mathématiques à l'école Polytechnique de Zürich, originaire du Jura suisse, où ses parents juifs venus d’Ukraine se sont installés au début du siècle. Il lui propose une excursion…. Cette rencontre a lieu juste au moment où Rachel est sur le point de quitter la Suisse, son permis de séjour n'étant pas renouvelé, ce qui réjouit plutôt l'employé de la police des étrangers auquel Rachel devait régulièrement rendre visite. Elle lui annonce qu'elle reste, qu'elle se marie avec un Suisse. Et prise d'une inspiration soudaine elle rajoute : « mais, il faut que je vous dise, c'est un mariage de pure convenance ! » Il n'y a pas longtemps elle en riait encore...
        Le premier enfant, Emmanuel, naît en 1950, puis vient Myriam en 1954. La langue et la mentalité suisses-allemandes pèsent à Rachel et Alexandre, qui souhaitent offrir un autre cadre à leurs enfants. Bien qu'Alexandre soit recruté par une université américaine, le visa d'immigration est refusé. En cette période de Mc Carthysme, il a suffi d'un article d'Alexandre dans une revue trop à gauche...

      


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1958-2006 : Grenoble


         Ils iront donc en France, à Grenoble, où Alexandre est recruté comme ingénieur en hydraulique à la SOGREAH où il restera jusqu’à sa retraite.
         Dès son premier jour à Grenoble, Rachel est séduite. Le quartier de la Mutualité où on leur propose un appartement (avec vue panoramique sur les montagnes) lui plaît par sa diversité et son animation : entre autres, Italiens, Espagnols, rapatriés et Maghrébins s'y côtoient. À proximité, se trouve le Jardin des Plantes, où elle aime se promener jusqu'à ce jour d'avril 2006 où elle se casse le col du fémur en chutant sur le chemin du retour. Elle ne se lasse pas de la montagne, été comme hiver. Par miracle le noyau familial n'a pas été détruit par la guerre, des couples se sont formés et des enfants sont nés, les rencontres sont fréquentes et animées. Rachel va régulièrement voir sa mère, qui est retournée vivre à Munich dans une pension pour personnes âgées de la communauté juive. Une nuit de février 1970, on y déverse de l'essence dans l'escalier. La mère de Rachel est sauvée in extremis, mais plusieurs rescapés des camps de concentration trouveront la mort dans cet incendie. Les criminels n'ont jamais été retrouvés.
         À Grenoble, Rachel travaille quelques années dans un laboratoire d'analyses biologiques, mais elle a du mal à faire reconnaître ses diplômes et abandonne la vie professionnelle à la naissance de David, son troisième et dernier enfant, en 1963.
         Elle a par contre de nombreuses activités bénévoles au sein de groupes très divers : ciné-club, cercle Bernard Lazare, amitiés judéo-chrétiennes, club de personnes âgées, groupe de lecture à voix haute, club photo, tissage... qui lui permettent d’échanger des idées et des connaissances, de rencontrer des gens de tous milieux, et de donner beaucoup d’elle-même.


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Une personnalité originale


        Toute sa vie Rachel a eu le désir d'apprendre. Elle a été une auditrice assidue de France-Culture, une lectrice acharnée, une observatrice sagace. Tout l'intéressait.
          Rachel avait un grand talent et un intérêt particulier pour les langues. L'allemand la fascine par sa richesse, et sa littérature. Elle maîtrise remarquablement le français tout en regrettant de ne pas bien connaître sa grammaire, s'exprime avec lenteur, toujours à la recherche du mot juste. Très à l’aise en italien et en anglais, elle suit régulièrement des cours pour se perfectionner. Ses notions de flamand datent de son séjour à Anvers, et l'espagnol a été appris en voyage. Ses premiers cours d’hébreu remontent à l’enfance. Ces dernières années, en participant à un cours de yiddish, elle a la surprise de voir surgir des mots enfouis dans sa mémoire bien qu‘elle n'ait jamais parlé yiddish en famille...
          Tout ce qui est artistique passionne Rachel : peinture, architecture, musique, danse, littérature, théâtre, photographie, cinéma... Ses connaissances sont immenses, ses goûts éclectiques. Elle se tient au courant de toutes les nouveautés.
          Elle est très attachée au judaïsme et à la communauté, mais s'intéresse à toutes les cultures, tous les folklores. Ses voyages, quelquefois aventureux et hors des sentiers battus, sont toujours une occasion de faire des rencontres et des découvertes. Elle aime goûter à toutes les saveurs du monde et cuisine elle-même des plats à la fois simples et raffinés.
         Tolérante, idéaliste, perfectionniste, curieuse, souvent indécise (elle est née sous le signe de la balance), elle aime l'inattendu, l'improvisation. L'humour aussi. Le sien est souvent un peu sarcastique... Sa fantaisie, son goût pour l'absurde, sa nonchalance, la rapprochent des enfants avec lesquels elle s'amuse volontiers. Rachel aime observer. C'est sans doute pour cela qu'elle aime autant photographier : les détails d'un bâtiment, un enfant qui joue au sable, la belle forme d'une courgette, le déroulement d'un chantier, ou la structure délicate d'une plante.... Rachel nous laisse des milliers de clichés, où l’on retrouve son regard aiguisé, tendre et amusé. Très sensible, elle décèle les sentiments de ses visiteurs, se réjouit de la beauté d'un bijou, apprécie l'élégance. Il en a été ainsi jusqu'à la fin de sa vie.

Emmanuel, Myriam, David


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Beatrice Beer -- vendredi 15 juin 2007, 05:30

Super genial!! BRAVO a tous!! J'ai ete tres emue de voir la photo de nos grands-parents (et Maman et tante Rachel) sur l'Internet!! Quelle evolution technique depuis leur epoque.... Grand merci David et Myriam et tous! Vraiment tres beau reportage!....

Beaucoup de bisoux, Beatrice


Balacheff Serge -- mercredi 10 octobre 2007, 08:57

Une découverte d'un des multiples secrets d'Emmanuel qui me rapproche d'autant plus de lui et confirme une vieille amitiè jamais éteinte pour ma part


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