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Hommage à Emile Niederman et à ses camarades![]() |
Robert Niederman raconte...![]() |
![]() Après la Libération
« Après l'arrestation de mon fils Emile le 22 juin 1944, je n'ai plus eu aucune nouvelle de lui, sauf un petit mot envoyé depuis l'hôtel Excelsior. Le 1er septembre de la même année, Robert est arrivé, le Midi était libéré, et nous étions libres. C'est au dernier moment que mon fils a été pris. Quelques semaines plus tard il n'y aurait pas eu de problèmes.
« Après, j'ai loué à Nice un appartement où je suis restée avec Robert car à Paris mon appartement était occupé par des gens qui ne voulaient rien savoir. Je suis rentrée à Paris en novembre 1944, pour voir comment je pourrais gagner ma vie, et recommencer une vie. Robert était étudiant à l'époque. En novembre il n'y avait pas encore de train et on a loué un taxi. Je suis venue dans mon appartement et les gens qui y habitaient n'ont rien voulu savoir. Je leur ai demandé de quitter mon appartement, qui naturellement était vide, car les Allemands avaient tout emporté. L'homme qui vivait là m'a dit « si vous avez le droit de récupérer votre appartement, usez de votre droit ». Il fallait que je fasse un procès. J'ai eu la chance d'avoir un avocat dans la famille, qui était très gentil et s'est occupé de tout, sans me faire payer. C'était le mari d'une tante de mon neveu Jean-Jacques. Le procès a duré plus d'un an, puis j'ai pu récupérer mon appartement, mais dans quel état ! Il avait été occupé par un ingénieur de chez Renault, à qui la Préfecture avait donné cet appartement, parce que son domicile avait soi-disant été bombardé, mais après enquête on a su que ce n'était pas vrai. Les gens qui avaient perdu leur logement dans un bombardement pouvaient éventuellement rester dans les appartements qui avaient été réquisitionnés pour eux, mais là ça n'était pas le cas. On a chargé le commissaire de Police de le mettre dehors. J'étais présente à ce moment-là, et j'ai vu que le commissaire s'exécutait de très mauvais grâce. Il n'était pas très poli avec moi, il était plutôt du côté du locataire. Le locataire a laissé l'appartement dans un état affreux. Il y avait un tas de paille qui avait servi à emballer leur affaires. Sur les murs ils avaient marqué « Mort aux Juifs ». L'appartement était inhabitable. Avec le peu d'argent qui me restait, je l'ai fait refaire. Heureusement que j'avais confié quelques meubles à un voisin turc qui avait été très ami avec mon mari et qui posssédait un cinéma dans notre immeuble. Il était rentré en Turquie, mais aussitôt que je lui ai écrit pour lui apprendre mon retour, il a ordonné au garde-meubles à qui il avait laissé mes meubles de me les rendre. C'était une chance car je n'avais presque plus d'argent. » |
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« Après je me suis débrouillée petit à petit. Les affaires après la guerre marchaient asez bien, car beaucoup de gens pendant la guerre avaient profité du marché noir pour acheter beaucoup de bijoux. Il y avait aussi les gens d'Afrique du Nord qui n'avaient rien pu acheter à Paris pendant la guerre et qui ont réassorti leur stock après le départ des Allemands. J'ai bien travaillé, mais au début je n'avais pas de stock, et j'ai commencé par prendre des marchandises à crédit chez des amis. Mon fils était étudiant. Pendant un an j'ai vécu à l'hôtel, rue Lamartine dans le 9ème arrondissement. Mon fils a trouvé une chambre de bonne dans le 13ème arrondissement. C'était un endroit très inconfortable et je ne pouvais pas y vivre alors je suis restée à l'hôtel. Robert allait en classes préparatoires au Lycée Saint Louis. Déjà à Nice il était très fort en mathématiques, et tous ses professeurs étaient des gens adorables. Son professeur de mathématiques a fait son possible pour qu'on crée une classe de Mathématiques Supérieures dans le lycée, afin que Robert puisse continuer ses études ! Mais Robert n'a pas pu continuer car les Allemands sont arrivés et on a dû partir. » |
« Je suis allée à la Préfecture pour dire que je voulais recommencer à travailler, que le commerce était au nom de mon mari et que je voulais le mettre à mon nom. Au début de la guerre, on avait ordonné pour chaque commerce juif un commissaire, une personne du métier, qui devait surveiller l'affaire et qui y était associé. Alors on m'a proposé à la Préfecture de me donner un commissaire. J'ai répondu que la guerre était terminée et que je n'avais pas besoin de commissaire. La dame qui me recevait m'a répondu que je ne serais peut-être pas capable de travailler seule, et je lui ai dit que je savais très bien tout ce que j'avais à faire. Je me suis fait inscrire au registre du commerce et j'ai ensuite travaillé normalement, à mon nom. Vous vous rendez compte de la mentalité, après la guerre ! C'est incroyable comme la collaboration était encore dans les gens.
« Il y avait des choses affreuses. J'avais installé chez moi un atelier. Les objets que je fabriquais devaient être présentés à la garantie pour être poinçonnés, quand ils étaient faits d'un métal précieux. Le service de la garantie se trouvait dans un immeuble de la rue du Temple. Il fallait emporter tous les bijoux là-bas pour qu'ils soient essayés, pour voir si vraiment ils contenaient la quantité de métal annoncée. Avant la guerre, pendant un moment on avait un atelier assez important, et mon mari avait un commissionnaire là-bas, ce qui lui permettait de ne pas faire la queue, parce qu'il y avait toujours beaucoup de monde et on perdait un temps fou. Pour un petit pourboire, des commissionnaires en qui on avait confiance se chargeaient de présenter les bijoux et on les récupérait tout de suite. Après la guerre je suis allée chez un commissionnaire que je connaissais, pour lui donner des choses à présenter à la garantie. Il m' a demandé des nouvelles de mon mari et je lui ai dit que malheureusement, mon mari avait été déporté et n'était pas revenu. L'homme m'a répondu : « Il y en a beaucoup trop qui sont revenus. » Vous savez, il y a vraiment un pourcentage minime de gens qui sont revenus. Et voilà pourtant le genre de choses qu'on a pu entendre. Touvier, Bousquet, les gens comme ça existaient, et beaucoup étaient influencés par ces grands hommes d'Etat. » « Après toutes les épreuves de la guerre, la vie à Paris était difficile au début, il manquait beaucoup de choses, y compris pour manger. On manquait de pain, de beurre, de farine. On s'approvisionnait au marché noir, et j'avais un beau frère à la campagne qui nous apportait souvent de la volaille. Robert pensait d'abord vivre à la campagne parce qu'il était dégoûté de la ville, et c'est un peu pour ça qu'il a choisi les études d'agronomie. Il a réussi le concours à l'Institut Agronomique, il a travaillé très courageusement, sans que personne ne l'aide, il avait un copain avec lui qui est devenu un homme très important dans son domaine, et qui vit maintenant en Israël. Cet ami avait un frère et une soeur. Leur père avait abandonné sa femme après la guerre parce qu'il avait fait la connaissance d'une personne qui l'avait sorti d'un camp de concentration situé en zone « libre ». Parce qu'en effet, on a ramassé et interné les Juifs étrangers dans des camps y compris en zone dite libre. L'homme est resté avec cette femme et n'a pas rejoint sa famille. Sa femme et ses enfants n'avaient pas de quoi vivre. Lui était tailleur. Ses enfants avaient observé comment il travaillait, et après son départ, ils ont travaillé la nuit chez eux comme tailleurs pour vivre. Malgré ça, l'ami de Robert a réussi son concours. » |
« Pendant ses études, mon fils ne se sentait pas très bien en compagnie des autres, qui mangeaient gaiement à la cantine dans une ambiance insouciante, et il allait manger dans un restaurant pour étudiants juifs. C'est là qu'il a connu Mireille, sa future femme, qui était d'une très grande beauté. Il avait 22 ans. Il a demandé la main de sa future femme, et nous sommes allés en Algérie, à Oran, pour le mariage. A l'époque on y allait par bateau. Avec mon peu de moyens, j'ai payé tout ce qu'il fallait, le voyage, les habits, une bague de fiançailles pour Mireille, commme c'était la coutume. Mireille était d'une très bonne famille qui me faisait très bonne impression. Le père était aussi bijoutier, par hasard. Et il était aussi rabbin. Les enfants étaient nombreux mais avaient tous fait des études. Mireille avait plusieurs soeurs, et un frère qui était avocat. C'était une famille très agréable et très gentille. Grâce à son beau-père, Robert a trouvé un emploi dans une très grande entreprise vinicole. Il n'avait pas encore de spécialisation, et c'est comme ça qu'il est s'est spécialisé dans le vin. »
« Ils ont vécu là-bas, modestement d'abord, mais très heureux. Ils avaient des enfants, très mignons : Luce, une petite Françoise qui est décédée en bas âge, Hélène, puis Brigitte et Diane, et plus tard Laurent. Chaque année j'y suis allée pour les vacances. Je m'installais dans une pension et je passais un mois là-bas. Tout allait très bien jusqu'à la guerre d'Algérie. C'était devenu très dangereux, il fallait quitter l'Algérie. Ça, la pauvre Mireille ne l'a pas supporté. Mon fils avait bien gagné sa vie en Algérie et a pu acheter une maison à Arcueil. Ils ont perdu leur maison en Algérie, ils n'ont rapporté que les meubles. Robert a installé la famille a Arcueil mais est retourné en Algérie aussi longtemps que possible. Il avait là-bas beaucoup de clients, et en était très aimé. Beaucoup d'entre eux sont ensuite venus le voir à Paris, quand il n'a plus été en mesure de retourner là-bas pour travailler. » « Robert ne trouvait pas de travail en France dans son domaine. Pendant un certain temps il a travaillé avec moi, il a fait la représentation de mes articles. Jusqu'au moment où la crise a commencé. Un jour, il faisait un tour à l'association des anciens élèves de l'Institut Agronomique, pour voir s'il n'y avait pas par hasard un travail pour lui. On lui a répondu qu'on cherchait quelqu'un au Pérou. Ce n'était pas simple, mais il a voulu se renseigner... On l'a envoyé au Crédit Lyonnais, où la direction était chargée de recruter quelqu'un pour un domaine péruvien. Robert s'est engagé pour trois mois, pour essayer, et les employeurs étaient contents de lui. Il se plaisait là-bas et c'est comme ça qu'il a commencé à y travailler, ne trouvant rien en France. Puis Mireille et lui ont divorcé. Plus tard il s'est remarié au Pérou et il a eu une fille, Amalia. En tout il a eu six enfants, très mignons et très brillants. » |
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Le domaine viticole de Tacama au Pérou |
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Aujourd'hui... Les 14 arrière-petits-enfants d'Hélène et Geza Niederman : |
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