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Hommage à Emile Niederman et à ses camarades![]() |
Robert Niederman raconte...![]() |
![]() De l'entrée en guerre aux grandes rafles de 1942
L'exode
A partir de 1938 étaient arrivés à Paris le frère d'Hélène accompagné de son épouse, et en 1939, c'est leur cousin Andy qui les rejoignait, fuyant Prague à après l'occupation de la Tchécoslovaquie par les Allemands. Lorsque la guerre éclate, en septembre 1939, les Niederman inscrirent leurs enfants au collège de Verneuil-sur-Avre, où ils furent internes, respectivement en classes de 5ème et de 3ème. Mais lors de la débâcle, ils rentrèrent à Paris, et en juin 1940, les Niederman cherchèrent comme tout le monde à fuir Paris désormais occupée par l'armée allemande. C'était l'exode. |
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Second départ de Robert pour la zone libre
Quant à Robert, qui ne s'était pas présenté au commissariat, il lui fallut fuir. Hélène explique comment les choses se passèrent : « Mon beau-frère Marcel était resté dans le midi à Nice, et on a expédié Robert là-bas avec un passeur. J'avais une amie qui connaissait un passeur. C'était terrible. On est allé à la gare d'Austerlitz, il y avait plein de policiers, c'était en novembre 1941. Le mari de mon amie et Robert devaient passer avec le même passeur. On était nous-mêmes en danger. Finalement ce passeur est arrivé, lui aussi se méfiait de la police. Ils ont enfin pu prendre le train et c'est à Mont-de-Marsan qu'ils ont franchi la frontière, la ligne de démarcation. « Qui était ce passeur ? Je ne le sais pas. On ne connaissait pas les gens, on l'avait seulement présenté à mon amie. C'est ainsi que les choses se passaient, l'un donnait une adresse à l'autre, et ensuite on s'en remettait à notre bonne fortune. On ne savait rien. Tout était risqué. « Dans le village où il emmenait les gens, il y avait un bistrot où les gens se rassemblaient par groupes de cinq ou six, puis traversaient une forêt qui aboutissait à la zone libre. Là-bas on ne les arrêtait pas à l'époque, et la population était assez compréhensive, on leur a montré où prendre le train et ils sont allés à Nice. » |
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Pendant qu'Hélène échappait miraculeusement aux policiers, Geza fut arrêté et, trop malade pour marcher, il fut emmené sur une civière. Son fils Emile, alors âgé de quinze ans, assista à la scène depuis l'immeuble d'en face et raconta ensuite à sa mère ce qu'il avait vu. Hélène, Robert et Emile ne revirent plus jamais leur mari et père. Interné à Drancy, Geza Niederman fut ensuite déporté à Auschwitz par le convoi n°9 du 22 juillet 42. Il mourut au début du mois d'août 1942, très probablement assassiné. |
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Hélène se retrouve seule
« Je suis restée encore un peu chez ce monsieur qui avait proposé de nous héberger avant la rafle, et après une dame, Madame L., est venue me chercher. Elle avait un studio au sixième étage d'un immeuble de la rue Molière et elle m'a proposé d'aller là-bas pour me cacher. Elle m'a fait chercher par une dame qui m'a conduite jusqu'à elle. Tous les Juifs portaient une étoile. Je l'ai enlevée évidemment. Mon fils Emile n'avait jamais voulu la mettre. Je suis allée habiter chez Mme L., elle voulait que je reste seule mais je n'avais pas envie. Je voulais qu'elle reste avec moi. Alors elle est restée dans une autre chambre, elle était très courageuse. Elle allait travailler, elle donnait des cours d'allemand, elle faisait du racommodage chez des gens. Elle avait raconté à la concierge que j'étais venue de province me faire opérer. Je crois que la concierge ne la croyait pas, mais elle était comme il faut, elle n'a rien dit. » « On est venu me mentir. Le monsieur qui avait fait partir Emile m'avait dit qu'il connaissait une dame qui était amie d'un employé de la Préfecture, un Allemand, qui pourrait libérer mon mari, et elle me demandait je crois à l'époque 80 000 francs. C'était beaucoup d'argent. Alors j'ai dit « Oui, je suis d'accord, mais il faut qu'elle m'apporte une lettre de mon mari, une preuve qu'il est vivant ». Je ne savais pas où il était, on ne savait pas le sort qui les attendait, on ne savait rien du tout. On savait seulement qu'ils étaient enfermés à Drancy. Mais par la suite, j'ai appris qu'il n'était même plus là, qu'il n'était même plus vivant quand ils sont venus me proposer ce marché. D'ailleurs je n'ai pas eu de suites. J'avais demandé des nouvelles de mon mari avant de donner l'argent, et j'ai bien fait parce que c'était des mensonges. Une fois j'ai reçu de mon mari une lettre, que j'ai encore, dans laquelle il m'écrivait de faire très attention à mes enfants, parce qu'il se passait des choses terribles. Il avait pu donner cette lettre à quelqu'un qui avait bien voulu la sortir de Drancy. C'est tout ce que j'avais, c'est tout. »
Hélène rejoint ses enfants en zone libre
« Je suis restée chez Mme L. tout le mois d'aoùt, et c'est Robert qui s'est occupé à Lyon de me sauver d'ici. Il m'a prévenue qu'il avait trouvé un camionneur qui allait m'emmener en zone libre. Et un jour, je descendais dans la rue parce qu'il fallait que j'achète quelque chose à manger, et j'ai vu un grand bonhomme qui cherchait, qui regardait les numéros dans la rue. Robert m'avait dit que quelqu'un viendrait me chercher alors je lui ai demandé simplement s'il cherchait une dame qui s'appelait Mme Niederman. Il m'a dit oui. Alors je lui ai demandé de monter et il m'a tout expliqué, il m'a donné des rendez-vous, il m'a expliqué qu'il avait un grand camion et que c'est avec ce camion que je partirais. C'était en septembre 1942, début septembre. Je n'avais eu aucune nouvelle de mon mari depuis son arrestation. « Le passeur m'a donné un numéro de téléphone et m'a dit de l'appeler à tel moment. Au téléphone il m'a donné rendez-vous pour une certaine date et Mme L. est toujours allée partout avec moi. » « Elle avait un courage monstre. J'ai appris par la suite qu'elle aussi était juive. Elle était baptisée, elle allait à l'église, portait une grande croix, faisait tout pour cacher qu'elle était juive. Elle ne me l'avait pas dit, elle l'avait caché à tout le monde. Comment l'ai-je appris ? Parce que ce studio où elle me logeait n'était pas à son nom. Il était au nom d'une amie qui vivait à Nice, et qui le louait au propriétaire de l'appartement dont dépendait les chambres de bonne. Or cette dame, ne pouvant plus payer le loyer, avait demandé à Mme L. de quitter l'appartement et de le vider, puisque le propriétaire lui donnait congé. Mme L. m'a demandé de l'aider, et notamment de vider une malle qui appartenait à son amie de Nice. Et lorsque j'ai vidé cette malle, j'ai trouvé un acte de naisssance, qui était établi par la commune israéilte d'Odessa. Cette dame était née à Odessa, et elle était juive. Et Mme L., c'était pareil, elle n'était pas d'Odessa, mais elle était juive, de Pologne je crois. Elles étaient dans la même situation. Mme L. a vécu très longtemps à Vienne où elle était devenue professeur de français, et sa soeur aussi. Sa soeur était mon professeur, et elle était le professeur de ma soeur. Elle a quitté Vienne en 1938, et en arrivant à Paris elle est venue me voir. Elle n'avait pas de moyens et on avait encore tout ce qu'il fallait parce qu'on travaillait encore un peu, alors mon mari, qui était très gentil, lui a toujours donné à manger. Elle était très reconnaissante, c'est pour ça qu'elle s'est toujours occupée de moi. Elle me connaissait depuis que j'étais jeune fille. » « C'est elle qui m'a accompagnée à tous les rendez-vous que m'a donnés le passeur, et plusieurs fois il nous a trompées, il n'est pas venu, parce qu'il avait peur de nous peut-être. Mais un jour il nous a fait venir je ne sais plus bien où, je crois que c'était avenue Jean Jaurès, dans un garage immense, et là il y avait un camion immense, de déménagement, mais on ne voyait pas ce qu'il y avait dedans. Moi on m'a installée devant, juste derrière le chauffeur, avec deux autres personnes. On était assis sur des pièces de machines, ce n'était pas très confortable. A côté de moi il y avait un bonhomme qui m'a raconté des choses terribles. Qu'il arrivait de Nancy et qu'il y avait là-bas des voyous qui l'avaient menacé et avaient persécuté des Juifs. Il était un peu fou et avait terriblement peur. Il m'a raconté tout ce qui lui était arrivé et il m'a dit de ne pas rester là avec mon argent. Madame L. m'a dit : « Vous ne voyez pas qu'il est fou ? Il ne faut pas vous décourager. Restez dans ce camion ! ». Je suis partie, on a voyagé toute la nuit, et à la ligne de démarcation, il y avait les Allemands avec des chiens, qui aboyaient après le camion d'une manière terrible parce qu'ils sentaient qu'il y avait des gens dedans. Il y a même un Allemand qui est passé avec une lampe, et certainement que le chauffeur était d'accord avec les Allemands, il avait dû leur donner de l'argent où je ne sais pas quoi, autrement je ne comprends pas comment on serait passé. Au cours du voyage, il y avait des prisonniers de guerre évadés qui étaient aussi montés avec nous, sur le toit, et avaient quitté le camion avant la ligne de démarcation. « C'est comme ça que je suis arrivée à Lyon, dans la propriété de ce camionneur, où j'avais rendez-vous avec mon fils. Et lorsque nous sommes descendus, il y a trente personnes qui sont sorties de ce camion. On ne les voyait pas, durant le voyage je n'ai vu que les deux personnes qui étaient avec moi, derrière le chauffeur. Le camionneur transportait des machines, et il cachait les gens au milieu. C'était un type ingénieux. Ça a coûté beaucoup d'argent. Je crois qu'il a touché un million de francs pour les trente personnes. A mon arrivée, j'étais affamée, je voulais aller dans un restaurant mais il n'y avait plus rien à cette époque, et chez le bonhomme qui m'a transportée ils étaient en train de faire un grand repas mais ils n'ont même pas eu l'idée de m'offrir un bout de pain ou quelque chose. Finalement Robert est arrivé et nous sommes allés chez des amis à Lyon qui nous ont donné à manger. Ils étaient eux aussi Viennois. Le soir on a pris le train pour Nice et on a voyagé toute la nuit. A Nice mes beaux-frères nous attendaient à la gare. Mes deux fils et moi avons habité chez l'un d'eux, qui nou a accueillis avec sa femme Tante Rose. » |
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