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Présentation

1. Discours introductif du maire

2. Discours du député

3. M. Roos conduit la cérémonie

4. Brigitte Niederman-Avezou prend la parole

5. Lecture d'un texte de Gilbert Martal, par Diane Niederman

6. Irène Saya, professeur de philosophie, conclut la cérémonie



Introduction
     C'est rare de voir autant de jeunes, et c'est pour eux un acte de mémoire que nous accomplissons aujourd'hui, ils savent rarement ce qui s'est passé pendant la guerre et nous allons soulever pour eux une partie du voile.
     Au nom du Comité Français pour Yad Vashem que j'ai l'honneur de représenter ici, je remercie le maire et son conseil municipal, et toutes les autorités officielles, civiles, militaires, laïques et religieuses confondues, et je serai très honoré et très ému de remettre tout-à-l'heure à Mme Gallo cette médaille des Justes.

      Je suis en pensée avec deux personnes qui sont les premieres interessées parce qu'elles ont été sauvées par Mme Gallo, je veux parler de Mme Hélène Niederman, et de son fils Robert Niederman qui est le père de Mme Avezou. Ils n'ont pu venir parce qu'ils vivent à Ica, au Pérou, et que ça fait un trop long voyage pour Mme Niederman qui a aujourd'hui 104 ans. Je suis sûr qu'ils penseront à nous .


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Lecture du dicours écrit par le ministre-conseiller auprès de l'ambassade d'Israël
     Je dois maintenant me faire le porte-parole d'un diplomate de l'ambassade d'Israël qui est ministre-conseiller auprès de l'ambassade d'Israël en France. Il devait venir, mais il est retenu chez lui par la grippe, et m'a donc envoyé son discours que je vais me permettre de vous lire :

     « Mesdames et Messieurs, la reconnaissance de Juste parmi les Nations est le plus grand hommage que l'Etat d'Israël puisse faire. C'est un titre qui n'est pas seulement gravé dans la pierre a Jérusalem et sur une médaille, mais qui est inscrit au plus profond de la mémoire du peuple juif. Cet hommage qui est reconnu puis décerné aux Justes est pour Israël et le peuple juif quelque chose de très sérieux et de très puissant. Le peuple juif n'oublie pas. Il n'oublie ni le mal qui lui a été fait par les uns, ni le bien prodigué par les autres. Et il veut remercier individuellement chacun de ces Justes, même s'ils n'ont demandé et ne demandent aucun honneur.
     Nous voulons rendre hommage ici à Joseph et Ludovina Gallo, pour ce qu'ils ont fait, et pour ce qu'ils sont. Est-il possible d'imaginer ce que veut dire sauver des vies en toute simplicité, en toute abnégation, en mettant sa propre vie en péril ? En cette période terrible de l'histoire de l'homme, recouverte de suie et de cendre, il est troublant et pardoxal de constater que du pire peut sortir quelquefois le meilleur. Souvenons-nous que la barabarie nazie fut une machine de mort infernale, minutieuse et explosive, qui ne laissait rien au hasard. Entre 1940 et 1945, la France traverse la période la plus sombre de son histoire. Elle a capitulé devant l'Allemagne nazie, et les Juifs, d'abord mis au ban de la société, sont ensuite fichés, marqués, puis rapidement pourchassés et persécutés. Au milieu de ce cauchemar, personne n'est épargné. Hommes, femmes, enfants, vieillards, près de 76000 Juifs, soit un quart de la population juive en France ne pourra malheureusement pas échapper à un destin tragique. Traqués, arrêtés puis parqués comme des bêtes, ils seront pour la plupart exterminés dans les camps de la mort. Souvenons-nous qu'il y a eu en France des collaborateurs de triste mémoire, qui aidèrent dans leur besogne les Nazis, et parfois même les devancèrent dans leur entreprise. Il y a eu, bien plus nombreuse, une grande majorité silencieuse et passive, parfois par indifférence, souvent par peur. Et puis il y eut des personnes investies corps et âme dans le sauvetage de quelques Juifs.
     On peut s'interroger sur les motivations de ces Justes. En effet, il eut été si facile de ne rien dire, de ne rien faire, il eut même été plus facile de dénoncer ces Juifs pour se ranger du côté du plus fort. Pourtant ces Justes considèrent que ce qu'ils ont fait était naturel, qu'il n'aurait pu en être autement. En agissant ainsi, ils n'ont pas seulement sauvé des innocents d'une mort certaine. Se dressant contre la barbarie ils ont sauvé la dignité de l'homme. Dans l'urgence de sauver une vie, ceux que l'on appellera plus tard les Justes ne se rendaient pas compte qu'ils accomplissaient là quelque chose d'exceptionnel. Ils étaient tout simplement des êtres humains qui venaient au secours d'autres être humains désespérés. Cela leur paraissait évident, leur noblesse d'âme leur a permis de dépasser la peur et la lâcheté, ce n'est pas une qualité courante.
     La reconnaissance d'un Juste, même posthume, s'inscrit dans ce qu'on a coutume d'appeler le devoir de mémoire. Celui-ci est bien sûr tourné vers six millions de Juifs sans sépulture. La mémoire est leur tombe. La mémoire seule les arrache à cette seconde mort que constitue l'oubli. C'est aussi un devoir de justice envers les sauveurs de l'humanité, ces Justes connus et inconnus.
     Mais la mémoire est encore un bien très précieux à l'homme pour construire son avenir. Il est difficile de lire le présent avec l'aide du passé sans tomber dans les pièges de l'amalgame, des projections trompeuses. Cela demande de l'intelligence, et du discernement. Le « plus jamais ça » ne veut pas dire qu'il faut guetter ce qui s'est déjà produit. L'histoire ne se répète jamais à l'identique. Mais il y a par contre des schémas qui se reproduisent, des signes inquiétants qui nous disent que des situations dramatiques peuvent encore se produire. Les Justes nous rappellent que le courage ne s'épanouit pas dans la facilité des idées reçues, partagées par la majorité, mais dans une clairvoyance et une profonde humanité, l'un et l'autre ensemble. Ces Justes sont pour nous les Nations du monde, et pour toujours le meilleur de l'humanité. Je veux vous dire ici toute notre gratitude, la mienne bien sûr et celle du peuple Juif et de l'Etat d'Israël. Nous sommes extrêmement fiers de ces êtres, nous leur sommes à jamais reconnaissants de ce qu'il ont accompli au péril de leur vie, de ce qui les honore et honore l'humanié tout entière, et nous donne encore la force de croire en cette humanité.
     Merci à eux, merci à vous du fond du coeur. »


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Présentation du comité Yad Vashem, de son action et de sa philosophie
YAD VASHEM
« Et je leur donnerai, dans ma maison et dans mes murs,
un mémorial (Yad) et un nom (Shem)
qui ne seront pas effacés »
(1).

      L'Institut Yad Vashem de Jérusalem a été créé en 1953, par une loi du Parlement Israéelien. Situé sur la Colline du Souvenir, il a pour mission de perpétuer la mémoire des six millions de Juifs victimes de la barbarie nazie, et le souvenir des combattants des ghettos. Dans le Hall des noms sont rassemblées des feuilles de témoignage individuel, pour que les noms et l'identité des victimes de la Shoah ne soient pas oubliés. Yad Vashem c'est aussi le mémorial des enfants, l'un des endroits les plus chargés d'émotion, la Vallée des cinq mille communautés détruites par les nazis, c'est un centre de recherche sur la Shoah, un musée historique, et aussi un centre d'enseignment où sont organisés des séminaires à l'attention d'étudiants de professeurs et d'éducateurs de toute nationalité et de toute confession. On y trouve également un auditorium dédié à la résistance juive en France. Les archives centrales de Yad Vashem contiennent plus de cinquante millions de documents à la disposition des historiens et des chercheurs. Yad Vashem travaille d'ailleurs activement à rassembler, examiner et publier des témoignages. Yad Vashem enfin reconnaît et honore, en leur décernant le titre de Juste parmi les nations, ceux qui parmi les non Juifs ont risqué leur vie pendant l'occupation pour sauver des hommes, des femmes et des enfants juifs traqués par les Nazis. Longtemps, des arbres ont été plantés tout au long de l'allée des Justes. Désormais leurs noms sont gravés sur un mur d'honneur. Il y a trente pays d'Europe qui remettent la médaille des Justes. Chaque pays a son mur et même parfois plusieurs murs.

      De 1963 à fin 2002, plus de 20 000 médailles ont été décernées dans 30 pays d'Europe. Il n'y en a que 2200 en France. Il n'est pas encore trop tard pour demander un dossier. Hélas à 95% les Justes ne sont plus là, mais il y a encore leurs enfants, leurs petits enfants. Pour nous c'est un devoir de mémoire, et nous serons toujours très honorés d'aller remettre une médaille aux quatre coins de la France.
      Nous traitons plus de 100 dossiers par an, et autant de Justes sont médaillés un peu partout. C'est un très gros travail de recherche, pour tous les bénévoles du Comité français pour Yad Vashem, mais nous sommes tous extrêmement heureux de contribuer à continuer l'oeuvre de mémoire indispensable pour que ne soit jamais oubliées ces heures sombres et tragiques de notre histoire.

      Il est à spécifier, et c'est très important, que la médaille des Justes est la seule qui existe en Israël en dehors de celle remise aux héros de la guerre. C'est donc extrêmement important pour ce pays, et honorifique pour celui ou celle qui la reçoit. Tous ont été des hommes au moment où il n'y avait plus d'homme. En France, sous l'occupation allemande, un quart de la population juive, soit 76000 Juifs furent victimes de la solution finale. Les trois-quarts des Juifs de France ont donc survécu, ce qui souligne d'une façon tout à fait positive le rôle important qu'a pu jouer la population française, et cela, il faut à tout prix que tout le monde le sache. Les actions de sauvetage ont été essentielles. Les sauveteurs venaient de toutes les classes sociales et de toutes les origines. Catholiques, Protestants, Laïques y risquaient leur vie, et celle de leurs enfants et de leur famille. L'histoire du sauvetage de ces familles juives sous l'occupation est composée d'une multitude de faits individuels, de milliers d'histoires personnelles, car il fallait une personne pour dénoncer une famille juive, mais une immense chaîne de solidarité pour en sauver un seule, et j'en suis un exemple. Nous ne disposons que de très peu de documents, tout ayant été fait dans la clandestinité et le secret. On peut le comprendre, les dénonciations étaient quotidiennes. Tout ce que nous savons, nous le savons grâce aux témoignages des survivants qui ont ouvert des dossiers pour faire reconnaître Justes parmi les Nations des personnes non juives qui ont sauvé leur famille. Le mémorial Yad Vashem et le titre de Juste parmi les Nations rappellent que la survie de nombreux Juifs de toute l'Europe comme de France ne peut se concevoir sans l'intervention de tous ces Justes.

       Le premier réflexe qui nous fut inspiré à nous Juifs rescapés de la Shoah a été d'invoquer le Dieu de Vengeance, pour tous nos disparus morts dans les camps. Vengeance pour les crimes abominables commis, vengeance pour toutes ces vies détruites à jamais. Et comme l'écrivit le poète israélien
Haïm Bialik (2), comment peut-on venger la vie d'un enfant ? Le pardon, nous ne pouvons l'accorder, car ce sont justement ceux qui peuvent pardonner qui sont ensevelis sous les cendres d'Auschwitz, de Treblinka et de Birkenau. Alors, si nous ne pouvons ni nous venger ni pardonner, pouvons-nous au moins nous souvenir, et perpétuer leur mémoire, afin qu'une lueur aussi faible soit-elle brille pour le repos de leur âme ?
      Je voudrais en conclusion laisser la parole à Erwin Uhr, qui vit aujourd'hui à Anvers. Lors de l'inauguration de la plaque apposée sur
la maison d'enfants de Voiron (3), où dix-sept jeunes enfants juifs dont sont petit frère Karl, 9 ans, et lui, seul survivant, furent arrêtés par la Gestapo, et déportés, un journaliste lui posa la question suivante : « Aimeriez-vous vous venger de ce que les Nazis ont fait aux Juifs ? » Sa réponse fut immédiate et sans appel :
      « Je me suis marié, je suis père de deux enfants, et j'ai onze petits enfants. Voici ma vengeance. Chaque naissance est une vengeance faite aux Nazis et à leur barbarie. Si Hitler a tué les corps, il n'a pas tué les âmes. Tant que nous continuerons à fonder des écoles, à perpétuer nos traditions et nos valeurs, cette flamme de vie juive ne s'éteindra jamais. Voilà ce que je souhaite que soit la vengeance de tous les Juifs rescapés comme moi de l'Enfer. »


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Lecture du témoignage de Robert Niederman
Il est écrit dans le Talmud : « Qui sauve une vie sauve l'humanité tout entière. »
      Beaucoup de personnes ici aujourd'hui n'étaient pas nées, ne se souviennent pas ou ne savent pas ce qui s'est passé pour les Juifs sous le Maréchal Pétain pendant la dernière guerre, même s'il y a quelques semaines on a beaucoup commémoré la libération du camp d'Auschwitz. C'est pourquoi j'aimerais que vous écoutiez très attentivement le récit du sauvetage de la famille Niederman par Joseph et Ludovina Gallo, raconté par Monsieur Niederman sous la forme d' témoignage adressé au comité Yad Vashem.
      Revenons 60 ans en arrière.
            « Je, soussigné Robert Niederman, certifie les faits suivants :
      Mes parents sont originaires de l'ancien empire austro-hongrois. Mon père, Gaston Niederman, est né à Munkacs le 16 mai 1893, et ma mère, née Hélène Krausz, à Budapest le 5 décembre 1900. Mon père avait immigré en France avant la première guerre mondiale et ma mère juste avant leur mariage qui eut lieu à Paris en 1924.

      Je suis né le 22 juin 1925 à Paris, de même que mon petit frère Emile, le 9 septembre 1927. Mon père était joaillier-bijoutier et avait installé son atelier, depuis 1924, dans l'appartement que nous occupions à Paris au 37 boulevard Saint-Martin. Ma mère se consacrait à la famille. Nous avons fréquenté l'école maternelle, la communale puis le lycée.

      Lorsque la guerre a éclaté en septembre 1939, par mesure de prudence, nos parents nous ont inscrits au collège de Verneuil sur Avre où nous étions internes respectivement en 5ème et en 3ème. Lors de la débâcle nous sommes rentrés, puis en juin 1940 a lieu l'exode, mais nous avons rapidement regagné Paris. En octobre 1940, l'atelier a été « aryanisé » et administré par un gérant nommé d'office. Vers la même époque il a fallu se déclarer comme Juif, ce que j'ai refusé de faire en disant que c'était se mettre dans la gueule du loup. Comme j'étais le seul membre de la famille qui n'était pas déclaré, j'ai reçu une convocation pour me présenter au commissariat du 3ème arrondissement, où je ne me suis pas présenté, et je me suis sauvé à Nice, en zone libre, où j'ai été hébergé par mon oncle Marcel Niederman. Immédiatement j'ai été inscrit au lycée de Nice, le Parc Impérial, en classe de 1ère.
      En juin 1942 j'ai passé mon premier baccalauréat et suis allé en vacances chez mon oncle Louis Krausz, le frère de ma mère, près de Lyon. Comme j'avais la nationalité française je n'étais pas inquiété. Par contre, mon oncle et sa femme, qui étaient de nationalité autrichienne, étaient en résidence surveillée. Leur situation était précaire et, en juillet, j'organise leur fuite vers la Suisse grâce à un camion qui les a transportés clandestinement de Lyon jusqu'à Annemasse. Là, je les remets à un passeur. Ils ont terminé paisiblement la guerre, à Genève.

      Le 16 juillet 1942, mon père est arrêté par la police française et envoyé à Drancy puis à Auschwitz où il est mort début août, très probablement assassiné. Mon frère et ma mère échappent de justesse à l'arrestation. Heureusement que le courrier fonctionnait : j'ai pu organiser leur fuite de Paris grâce au même camion qui les a emmenés séparément de Paris jusqu'à Lyon. Nous sommes partis pour Nice et nous nous sommes installés à Cap d'Ail. Nous nous sommes inscrits, mon frère et moi, au lycèe de Monaco, respectivement en 2nde et en Math-élem. En novembre 1942, suite au débarquement allié en Afrique du Nord, les Allemands et les Italiens occupent la zone libre. Heureusement pour nous, Nice est occupée par les Italiens qui ne persécutaient pas les Juifs. Je leur en ai gardé une reconnaissance éternelle. Nous avons pu ainsi vivre tranquillement. Nous avons passé notre baccalauréat en juin. Mon frère n'avait que 15 ans.

      En septembre 1943, les Italiens signent l'armistice avec les alliés et sont remplacés par les Allemands dans les les régions qu'ils occupaient. A partir de ce moment, c'est la terreur. Nice était un piège où s'étaient réfugiés de très nombreux Juifs. Les arrestations sont quotidiennes. C'est à cette époque que nous avons fait des faux papiers au nom de Bottin. Nous choisissons de nous cacher à Sclos de Contes, petit village de l'arrière-pays niçois. Notre maison se trouve en dehors du village. Nous y habitons avec mon oncle Louis Niderman et sa femme, ma tante Elly. Il y avait plusieurs familles réfugiées à Sclos de Contes. Presque toutes ont été arrêtées et déportées, sauf mon oncle Marcel et sa femme, ainsi que ma tante Rose, qui réussissent à se cacher pendant toute la nuit où la Gestapo faisait le siège de leur maison. Un autre parvient à s'échapper : Samy Koiran. Nous sommes les seuls Juifs à avoir réchappé à cette rafle, avec une autre famille, les Lwowsky.
       Mon oncle Marcel et sa femme sont venus habiter avec nous. Il n'y avait qu'une voie d'accès à notre maison et nous montions la garde depuis un endroit qui dominait la route en provenance de Nice. Secrètement nous quittions la maison le soir pour aller dormir dans une grange située dans une forêt en altitude. Ceci nous a permis de tenir jusqu'en mars 1944, quand la Gestapo vient nous arrêter à l'aube. La maison était vide, puisque nous étions dans la grange. Le matin mon oncle Marcel prend son tour de garde, fait une reconnaissance et revient précpitemment car il a vu les Allemands occuper la maison.

      C'est à partir de ce moment que nous avons erré dans les bois et que Joseph Gallo nous a aidés, d'abord pour la nourriture. Ensuite il a hébergé ma mère à qui il a donné son propre lit. Il avait réussi à nous cacher mon frère et moi dans la forêt avec des bûcherons. Tous les jours il nous apportait de la nourriture. En avril, j'ai décidé de rejoindre mon ami Léon Vexelman qui tenait une auberge de jeunesse à Saint-Paul sur l'Ubaye, près de Barcelonnette. Joseph Gallo m'a accompagné pour m'aider à reconnaître le terrain. Dès son retour à Sclos de Contes, il a fait la même opération pour mon frère. Dès son deuxième retour, il a accompagné ma mère à Monaco où elle s'est cachée jusqu'à la Libération en septembre 1944.

      L'aide de Joseph Gallo a été complètement désintéressée.

      Depuis cette époque, nos deux familles sont restées en contact permanent. Actuellement ce sont nos enfants qui perpétuent les liens d'amitié. Ce sont justement mes enfants qui m'ont demandé ce témoignage que je n'avais jamais eu l'idée de faire auparavant.

      Mon frère et moi travaillions comme ouvriers agricoles. Malheureusement, début juin, mon frère a voulu rejoindre ma mère à Monaco, et fut arrêté puis déporté. Les seuls rescapés sont ma mère et moi.

      Le titre de Juste parmi les Nations devrait être attribué à Joseph Gallo à titre posthume, et à sa femme, Ludovina Gallo, toujours en vie et qui est en contact étroit avec ma fille Brigitte. »


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