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L'histoire exemplaire de Joseph et Ludovina |
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par Roger Gallo |
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Ma mère, Ludovina, naît le 10 août 1914 à Cassinasco, un village du Piémont. Elle est le
cinquième des sept enfants de la famille Ghione. Elle a deux soeurs et quatre
frères.
Peu après sa naissance, son père est mobilisé et ne revient que cinq ans
plus tard. Ma grand-mère reste donc seule à la ferme avec ses beaux-parents et cinq enfants (l'aîné est âgé de huit ans). Son beau-père décède
quelques mois plus tard. On manque alors de bras pour les cultures de la ferme - vignes dans les
coteaux, blé et maïs dans la plaine - et il faut
employer des ouvriers agricoles. Au retour de mon grand père, la situation
financière devient encore plus critique à cause des intempéries - orages de
grêle sur le vignoble, notamment - et de la maladie. Mes grands-parents ne peuvent
rembourser leurs emprunts et sont ruinés. Ma mère se rend à Antibes à
l'âge de seize ans, chez une de ses tantes. Elle est dès lors « placée » dans
différentes familles. Son travail est plus difficile que pour une autre car elle ne
connaît pas du tout notre langue, mais il lui permet d'envoyer de
l'argent à ses parents. Sa famille, sur les conseils d'un grand oncle établi
dans le Var depuis plusieurs années, vient s'installer à Sclos de Contes
où elle prend en charge une métairie. Ma mère continue son travail à Antibes et y fait la connaissance de mon père. Ils se marient en 1936. Joseph vient lui aussi d'Italie. Il est né le 7 mai 1915 à Canelli, dans la province d'Asti, célèbre pour ses vins. Il est le quatrième d'une famille de cinq enfants (une fille et quatre garçons). Il a sept ans lorsqu'il arrive à Antibes avec ses parents qui s'établissent comme restaurateurs. Deux de ses frères travaillent dans le bâtiment et lui devient apprenti boulanger. |
| Peu après son mariage avec
ma mère, il se retrouve sans travail - d'après ma mère, un décret obligeait un
patron boulanger à employer cinq ouvriers français avant de pouvoir embaucher
un étranger. Je n'ai pas pu vérifier cette information. Mes parents se tournent
alors vers la floriculture. Parallèlement, mon père commence à travailler
dans l'hôtellerie. C'est le métier de portier, à l'Hôtel du Cap d'Antibes, qu'il
exerce lorsque la crise les oblige à abandonner l'horticulture. Deux de ses
frères partent alors pour la Lorraine et ses mines. Au début de la
guerre, son frère aîné est expulsé - d'après ma mère à cause de menées
syndicales dans la mine où il travaillait. Il retourne donc vivre en
Italie où son épouse, ses deux enfants et son père le rejoignent. La
soeur de mon père, mère de deux enfants, décède, et c'est ma grand-mère paternelle qui recueille et élève les enfants à Antibes.
Pour fuir les réquisitions du S T O, mon père et un de ses frères se rendent à Sclos de Contes. Ma mère et moi les y accompagnons. La situation n'est pas bien brillante car, vivant dans la clandestinité comme bûcherons, mon père et mon oncle n'ont plus ni papiers d'identité ni cartes de rationnement. Mes jeunes cousins doivent quitter ma grand-mère à Antibes car il devient très difficile de trouver de la nourriture. Ils viennent chez nous à Sclos pendant quelque temps. Mes grands-parents maternels et mes oncles participent largement à notre subsistance à cette époque là, grâce aux produits de la ferme. Mon père avait adhéré à un réseau comme passeur et agent de liaison entre les Résistances française et italienne. C'est à cette période que mes parents rencontrent Mme Hélène Niederman et ses deux fils Émile et Robert, pourchassés par les Nazis parce qu'ils sont juifs, et auxquels ils apportent leur aide *. Mon père a toujours insisté sur le fait que, s'ils ont pu aider les Niederman, c'est grâce à toute une chaîne de solidarité : dans des secteurs d'activité très divers, un grand nombre de personnes a été impliqué ; tous ces gens ont risqué leur vie et celle de leur famille. |
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Après sa capture par la gestapo et son
évasion du train qui le déportait vers l'Allemagne, mon père revient à Sclos.
Evidemment il ne pouvait pas y rester. C'est donc avec mon frère, né depuis
peu, que notre petite famille et mon oncle se réfugient au col de
Braüs, dans le haut pays Niçois. Mon oncle et mon père y exercent le métier
de bûcheron jusqu'à la libération.
Puis nous retournons à Antibes et plus tard au Cap d'Antibes, où mes parents habitent jusqu'à leur départ en retraite. Entre temps, ils rachètent et rénovent la maison dans laquelle mes grands-parents maternels ont vécu, à Sclos, à leur arrivée en France. C'est là qu'ils habitent jusqu'au décès de mon père, le 18 octobre 2002. Ma mère vit depuis lors chez nous, à Crolles. Elle a gardé sa maison à Sclos où nous l'accompagnons pour de brefs séjours. Elle peut ainsi se remémorer bien des souvenirs et revoir ses nièces qui résident encore sur la Côte, ainsi que ses amis. Ma mère a été très honorée par le titre de « Juste parmi les Nations » - qu'elle a partage avec mon père - et par sa nomination comme citoyenne d'honneur des villes de Crolles et de Contes. |
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| *Robert Niederman rend hommage au courage des Gallo et rappelle comment ils ont agi de façon désintéressée au péril de leur vie, dans le témoignage qu'il a rédigé pour le Comité Yad Vashem en vue de l'attribution de la médaille des Justes à Joseph et Ludovina Gallo. (Retour) |
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