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Charlotte Salomon

Leben ? oder Theater ?
Vie ? ou Théâtre ?





Exposition temporaire
au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme


Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple
75003 Paris




1er février -
21 mai 2006


Du 1er février au 21 mai 2006, le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme présentait pour la première fois en France un ensemble de 274 gouaches tirées de Vie ? ou Théâtre ?, autobiographie en mots, en images et en musique, de Charlotte Salomon.



1. Histoire de Charlotte Salomon et de son oeuvre.

2. Vie ? ou Théâtre ?, une oeuvre d'art totale.


     
Histoire de Charlotte Salomon et de son oeuvre.

      Charlotte Salomon est née le 16 avril 1917 à Berlin. Elle est la fille d'Albert Salomon, chirurgien, et de Franziska Grunwald, infirmière.
Elle va grandir au sein de la bourgeoisie juive aisée et assimilée. Le famille habite au 15 de la Wielandstrasse à Charlottenbourg, un des arrondissemnts les plus cotés de Berlin, où réside principalement la bourgeoisie cultivée.

       Le 22 février 1926, Franziska Salomon se jette par la fenêtre du domicile de ses parents, au 53 de la Kochestrasse. On fait croire à Charlotte que sa mère est morte d'une grippe.
Plusieurs gouvernantes vont alors se succéder auprès de Charlotte, qui va toutes les rejeter, jusqu'à ce qu'elle rencontre « Hase », qui saura gagner sa confiance.
Le 4 septembre 1930, le père de Charlotte se remarie avec Paula Levi, qui a changé son nom en Lindberg face à la montée du nazisme. Paula est une cantatrice admirée de tous les critiques et du public. L'emménagement de Paula dans la maison du 15 de la Wielanderstrasse transforme la vie de Charlotte : elle est initée à la vie culturelle berlinoise et est autorisée à accompagner sa belle-mère à ses concerts ou à la  synagogue.

Le 9 septembre 1933, un an avant le baccalauréat, Charlotte Salomon quitte le lycée Fürstin-Bismarck où les actes d'hostilité antisémite sont désormais quotidiens. Son certificat de fin d'année atteste de son « comportement impeccable », et indique que Charlotte quitte le lycée à sa propre demande. Elle fréquente alors une école d'art privée, afin de se préparer à l'examen d'entrée à la Kunsthochschule (Ecole des Beaux-Arts) de Berlin.

En 1935, Charlotte est admise à l'essai pour le semestre d'hiver à l'Union des écoles nationales des arts libres et appliqués, qui rassemble l'Ecole supérieure nationale des Arts Plastiques et l'Institut d'enseignement du musée des Arts et Métiers.

En 1936, Albert Salomon, déjà professeur de médecine reconnu à l'université, prend le poste de chirurgien en chef de la Polyclinique de l'Hôpital juif de Berlin et est nommé directeur adjoint de la clinique. En février, Charlotte peut s'inscrire comme « étudiante ordinaire », comme le stipule la loi contre « l'encombrement des écoles et des universités », puisque son père est reconnu comme ancien combattant.


A l'automne 1937, durant le semestre d'hiver, Charlotte interrompt ses études. Lors d'un concours organisé à l'Ecole des Beaux-Arts, le jury voulait décerner le premier prix à son tableau, mais son professeur, Ludwig Bartning, l'en empêcha de peur que la judéité de Charlotte ne soit rendue publique. Le prix fut donc remis à l'une de ses condisciples, la très admirée Barbara Frisch, surnommée la « belle Barbara ». Après que la nouvelle de cette humiliation s'est répandue parmi les élèves, Charlotte ne se présente plus à l'école. Afin de pouvoir poursuivre ses études, elle reste inscrite dans la classe de Bartning pour le semestre de l'été 1938, mais elle ne reviendra pas sur sa décision.

Du 26 février au 8 mai 1938, l'exposition Entartete Kunst est montée au Haus der Kunst, à Berlin. Le concept a été renouvelé pour la faire circuler dans la capitale et dans les autres villes prévues : des oeuvres exécutées par des internés de la clinique psychiatrique de Heidelberg sont accrochées en face des oeuvres d'art moderne. Pour beaucoup des 500 000 visiteurs de l'exposition, et probablement pour Charlotte aussi, c'est une dernière occasion de dire adieu à l'art moderne.

En janvier 1939, munie d'un visa de visite valable pour un week-end chez ses grands-parents Grunwald, Charlotte Salomon quitte Berlin. Elle n'emporte qu'une petite valise et un disque où sont gravés deux airs de l'opéra Carmen de Bizet chantés par Paula Salomon-Lindberg. Charlotte va se réfugier chez ses grands-parents maternels, qui ont trouvé à se loger à Villefranche-sur-Mer, chez l'Américaine Ottilie Moore.
Le 18 mars, munis de faux papiers, Paula et Albert fuient Berlin pour Amsterdam.
En 1940, avec ses grands-parents, Charlotte Salomon déménage à Nice. Ils s'installent à la villa « Eugénie ».
Le 5 mars, alors que les offensives allemandes se rapprochent, la grand-mère de Charlotte, Marianne Grunwald, se donne la mort sous les yeux de sa petite fille. C'est alors que son grand-père révèle à Charlotte un terrible secret familial : toutes les femmes de sa famille, dont sa mère, ont mis fin à leur vie. Son grand-père lui enjoint d'en faire autant, ce qu'elle refuse.
Au mois de juin, Charlotte et son grand-père son internés au camp de Gurs. Relâchés en juillet en raison de l'âge avancé de Ludwig Grunwald, ils reviennent à Nice
Le grand-père de Charlotte lui raconte le suicide de sa mère.

Le suicide de sa grand-mère, la découverte de la malédiction qui pèse sur sa famille et l'internement à Gurs ébranlent profondément l'équilibre nerveux de Charlotte. Le docteur Moridis, à Villefranche, lui conseille de reprendre son travail artistique et de se confronter d'une manière productive aux ombres de sa vie.

Charlotte décide, dans l'urgence, de créer « quelque chose de vraiment fou et singulier » et se met fiévreusement à l'ouvrage. En moins de deux ans elle crée une oeuvre complexe mêlant théâtre, peinture et musique ; un cheminement fulgurant de 1325 gouaches, depuis la première image, celle du suicide de sa tante en 1913, dont elle porte le prénom, jusqu'à celle où, en 1940, elle choisit de vivre, de devenir artiste et se représente face à la mer, portant sur son corps le titre de sa pièce : Leben ? oder Theater ?
Charlotte au travail dans le jardin (sud de la France).

Dans ces années-là, mesures antijuives, arrestations et déportations prennent l'ampleur qu'on connaît.
En février 1943, Ludwig Grunwald meurt à Nice. Charlotte Salomon retourne à Villefranche.
En mai, Paula et Albert Salomon sont arrêtés à Amsterdam et transférés à Westerbork. Tous deux réussissent à survivre comme aides soignants dans la baraque des malades.
Le 17 juin, Charlotte Salomon épouse Alexander Nagler, un réfugié juif autrichien qui s'occupe d'orphelins juifs à la villa « l'Ermitage », à Villefranche.

En septembre, l'Italie capitule et les Allemands envahissent la zone italienne dans le sud de la France et le nord de l'Italie.
Fin septembre, probablement à la suite d'une dénonciation, Charlotte et Alexander sont arrêtés à la villa « l'Ermitage ». Le 27 septembre. ils sont transportés de Nice au camp de rassemblement de Drancy. De là, ils sont déportés à Auschwitz le 7 octobre. Alexander Nagler est sélectionné pour le travail forcé. Charlotte, enceinte de cinq mois, est assassinée, probablement le jour même de son arrivée.

Avant son arrestation, Charlotte avait pris soin de confier son oeuvre au médecin de Villefanche, en lui annonçant : « C'est toute ma vie ».
Le 18 novembre, Albert Salomon est contraint de stériliser les Juifs issus de « mariages mixtes ». Comme il a besoin de ses instruments médicaux restés à Amsterdam, lui et Paula obtiennent l'autorisation de voyager du camp de Westerbork à Amsterdam, et ils en profitent pour s'enfuir. Jusqu'à la Libération, ils vivent dans le sud de la Hollande, en changeant sans cesse de cachette.

Le 1er janvier 1944, Alexander Nagler meurt d'épuisement dans le camp d'Auschwitz III-Buna.

Après la guerre, l'oeuvre de Charlotte est restituée à ses parents. Elle appartient aujourd'hui au Musée historique juif d'Amsterdam.



Vie ? ou Théâtre ?, une oeuvre d'art totale.

La version « autorisée » de Vie ? ou Théâtre ? se compose de 769 gouaches que Charlotte Salomon a elle-même choisies, classées et numérotées.
Chaque gouache mesure 32,5 X 25 cm et s'accompagne d'un texte plus ou moins long, écrit dans une langue parfois maladroite, souvent raffinée et étrange.
La structure de l'oeuvre est très complexe. Elle mêle des mélodies, indiquées comme telles, des reprises de ces mélodies, des citations musicales et littéraires, en plus du texte créé par Charlotte.

Charlotte présente son oeuvre comme un Singspiel (pièce chantée) « aux trois couleurs » - jaune, rouge et bleu - composé d'un prologue, d'une partie principale et d'un épilogue. Elle y fait vivre ses personnages sous des noms imaginaires et toujours suggestifs. Elle devient ainsi Charlotte Kann (« le pichet », mot qui renvoie peut-être à sa personnalité renfermée), et Paula Lindberg devient Paulinka Bimbam, nom à la consonnance musicale. Ses grands-parents Grunwald deviennent Knarre, qui signifie « crécelle », un instrument grinçant qui s'associe mal avec les autres.
Les cinq premiers feuillets de l'oeuvre sont recouverts d'un texte serré, en lettres majuscules. Le premier feuillet est une dédicace à Ottilie Moore, l'Américaine qui l'a recueillie à Villefranche. Le second présente les personnages. Dans les trois suivants, l'auteur évoque, en préambule à l'oeuvre, le mode de création qui a présidé à son élaboration :


« Qu'est-ce donc le mortel, que tu t'en souviennes ; le ver de terre, pour que tu t'en soucies ?
Comme il m'a fallu des années pour découvrir l'importance que pouvait revêtir ce travail singulier, certains textes ansi que les mélodies, en particulier dans les premières feuilles, ont fini par m'échapper et doivent, tout comme l'émergence de cette oeuvre, me semble-t-il, conserver une part de mystère.

Voici comment ces feuilles prennent naissance : la personne est assise au bord de la mer. Elle peint. Soudain, une mélodie lui vient à l'esprit. Alors qu'elle commence à la fredonner, elle remarque que la mélodie va exactement avec ce qu'elle veut coucher sur le papier. Un texte s'ébauche en elle et voici qu'elle se met à chanter la mélodie avec ce texte qu'elle vient de composer, recommançant à voix haute un nombre incalculable de fois, jusqu'à ce que la feuille lui semble achevée. Il arrive souvent que plusieurs textes voient le jour, donnant lieu à un chant à plusieurs voix, ou bien il arrive même que chacune des personnes à mettre en scène ait son propre texte à chanter, ce qui donne alors un chant choral. La diversité des feuilles devrait moins tenir à l'auteur qu'à la diversité des caractères des personnages à élaborer. L'auteur s'efforce, etc'est peut-être dans la partie principale qu'on le perçoit le mieux, de s'extraire complètement de soi et de faire chanter ou parler les personnages avec leur propre voix. Pour y parvenir, il aura fallu en grande partie renoncer à l'aspect artistique, ce qu'on pardonnera, je l'espère, compte tenu du travail accompli pour pénétrer au plus profond de l'âme.

L'Auteur, Saint-Jean, Août 1940-42
Ou entre ciel et terre, hors de notre temps, en l'an I
de l'ère nouvelle. »






Et en effet, d'une gouache à l'autre, et selon son sujet, Charlotte adotpe des styles extrêmement différents. Certaines d'entre elles fourmillent de détails minutieux, d'autres représentent de grands portraits ou des scènes très sobres executés d'un coup de pinceau large et souple. Tout dépend de la composition qu'elle entend donner à ses images. Charlotte commence la première partie de son oeuvre à la manière d'un artiste médiéval racontant toute l'histoire en une seule image, avec différentes scènes sur une page. Ailleurs, l'image ne fixe qu'un moment. Charlotte va donc de la reconstitution fidèle à la représentation stylisée et minimale qui ne restitue aucune individualité. Du point de vue de la composition, on peut dire que l'oeuvre de Charlotte se rapproche de la technique cinématographique, avec ses plans-séquences, ses gros plans, ses ellipses. L'oeuvre ressemble moins à une bande dessinée qu'à un scénario de film.

Par ailleurs, « La couleur joue un rôle important dans toute l'oeuvre de Charlotte. », écrit Judith C.E. Belinfante dans l'édition de Vie ? ou Théâtre ? publiée par Prestel. « Ainsi, le sentiment de deuil lié à la perte de sa mère est rendu perceptible par l'usage de couleurs sombres. Le bonheur ressenti par Charlotte enfant pendant ses vacances est exprimé par le jaune clair et le vert tendre du sommet de la montagne ; son admiration pour sa belle-mère fait surgir comme par magie, sous les yeux de la petite fille au pyjama bleu, une guirlande de coeurs peints en rouge. » (voir ci-contre). En fonction des émotions qu'elle exprime, Charlotte choisit tantôt de laisser une couleur envahir la page, tantôt d'associer des couleurs discordantes. Même s'il est difficile de comprendre pourquoi Charlotte choisit telle ou telle combinaison de couleurs, il est évident que ces dernières constituent pour elle un moyen d'expression essentiel.

Charlotte et son grand-père.

Quant aux textes, en lettres majuscules peintes directement sur les dessins ou sur un papier calque, ils renvoient largement au terme de Singspiel que Charlotte utilise pour qualifier son oeuvre. Tous les personnages s'expriment en des phrases simples d'un effet souvent comique, tandis que diverses mélodies sont citées. Les textes de Charlotte et les citations musicales sont partie intégrante de la composition de ses images. Peinture, littérature et musique se mêlent et fusionnent.


Charlotte présente son oeuvre, accomplie dans l'urgence, comme un moyen de triompher de la mort, de conjurer la malédiction familiale et de choisir la vie plutôt que le suicide. Elle écrira : « Il lui fallait pour quelque temps disparaître de la surface humaine, et pour cela consentir à tous les sacrifices, afin de recréer des profondeurs de son être son propre univers ».
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Jeltje de Jager -- mercredi 20 juin 2007, 08:47

bonjour il y a un tres bon film sur Charlotte Salomon, le film "Charlotte" avec Birgit Doll j'ai d'abord connue Charlotte par le film


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